« Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. »
Rainer Maria Rilke
Ce n’est qu’un extrait d’un texte de Rilke, que je vous invite à aller lire en entier. C’est un texte d’une grande beauté. Rilke savait aller à l’essentiel en mêlant à la fois la douceur et la force, et il y a dans sa langue – même traduite – une musique que je ne retrouve chez nul autre poète.
Ce texte parle du fait d’écrire, il parle de l’acte de créer, de ce travail de gestation que nécessite tout acte de création.
C’est un chemin tortueux, ce qui ne veut pas forcément dire difficile, mais, si l’on se réfère à la définition du Larousse, « qui fait des tours et des détours ».
Voilà des mois que je sens l’envie d’un nouveau spectacle. Le thème et le titre ont changé bien des fois, mais l’envie ne me quitte pas. Quelque chose « doit se dire ».
Pour cela, il me faut accueillir un millier d’idées qui se bousculent dans ma tête, il me faut écouter l’intuition, accepter le doute, contenir l’enthousiasme sans le brimer, prendre le temps ou ne surtout pas le perdre, porter, laisser germer, lâcher la volonté, faire confiance, m’ouvrir à ce que la vie m’envoie, chasser le jugement, ne pas me prendre au sérieux mais avoir le plus grand respect pour ce qui émerge… et puis, surtout, il faut sentir ce moment où tout cela prend forme dans la matière, où les textes choisis, à priori sans lien entre eux, se mettent à dialoguer, grâce à un geste, une musique, une image ou un silence qui permettent de dérouler le fil, de tisser ensemble ce qui semblait informe et disparate.
Là, vraiment, le spectacle prend vie et je sais qu’il pourra être joué et partagé.
Et quand une petite voix – inévitable – me dit : « mais pour qui te prends-tu, cela n’intéressera personne ! », je relis cette citation de Brenda Ueland :
« Pourquoi devons-nous utiliser notre puissance créatrice ?… Parce qu’il n’y a rien qui ne rende les gens si généreux, si gais, si vivants, si hardis, si compatissants, si indifférents à la guerre et à l’accumulation d’objets et d’argent... »