« On vit parfois sans être là
On effleure les heures en funambule
On marche dans les rencontres en somnambule
On se laisse faire et défaire par le ressac des jours
Et l’on se retrouve soudain
Jeté sur un rivage dont on n’a pas la clé
Par paresse et par facilité
On aimerait que vivre aille de soi
Mais rien n’est donné sans que nous soyons là pour le désirer »
Francine Carrillo, Le Plus-que-vivant
Je ne veux pas embellir les choses.
Je ne veux pas embellir la mort d’Ariane en la niant. Je veux la vivre telle qu’elle se présentera.
Je ne veux pas embellir ce que je vis avec elle. Je veux le vivre sans m’oublier.
Je ne veux pas embellir la maladie. Je veux la vivre sans m’y abîmer.
Je ne veux pas embellir ce que j’écris. Je veux l’écrire sans mentir.
Je ne veux embellir aucune situation, je veux la vivre et la traverser sans mensonge.
Vouloir embellir, c’est mentir. C’est ne pas voir, ne pas dire, ne pas vivre la vérité.
C’est vouloir se protéger, mais l’érosion se fait sournoisement, implacablement.
Je ne veux pas embellir ce que je vis, je ne veux pas me protéger de cette façon car je ne peux pas, tout simplement pas, me protéger.
Je ne veux pas dire décès pour embellir la mort.
Je ne veux pas dire troisième âge pour embellir la vieillesse.
Je ne veux pas embellir les choses. Je veux les vivre comme elles se présentent, nues, crues, insolentes parfois, innocentes toujours.
Je ne veux pas embellir les choses. Je veux voir leur beauté partout où elle se trouve.
Vivre intensément, c’est vivre sans embellir, c’est être dans la beauté de la vie.
Je ne veux pas embellir le manque, le froid, la solitude. Je veux tout traverser, m’y plonger sans négocier, l’éprouver dans mon corps.
Je veux sentir mon cœur s’affoler, ma gorge se serrer, mes larmes couler.
Je veux rendre la beauté à toute chose.







